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Interview de Vanessa Terral
A la Une
auteur Vanessa Terral
GenreVampires & Monstres

Yabook  : Parle-nous d’abord un peu de toi. Quand es-tu tombée dans la littérature et quand as-tu commencé à écrire ?

Vanessa Terral : Dès que j’ai su lire, j’ai dévoré les albums, puis les romans qu’on me mettait entre les mains. J’ai commencé sagement, surtout avec les œuvres de la Comtesse de Ségur – mon arrière-grand-mère possédait toute la collection. J’avais aussi droit à des livres de contes, sur les mythologies… Je me souviens en particulier d’un fascicule accompagné d’une cassette audio qui racontait l’histoire du minotaure. À chaque fois, quand Thésée se retrouvait face au monstre, je me bouchais les oreilles ! Il faut croire que l’aspect fantastique et horrifique m’ont tout de même séduite puisque j’ai vite enchaîné avec une prédilection pour la littérature de l’Imaginaire, d’abord par quelques classiques : au collège et un peu avant : Bilbo le Hobbit, Niourk, les nouvelles d’Asimov, La Planète des Singes, des nouvelles fantastiques du XIXe siècle ; au lycée : Lovecraft – une grosse claque ! –, Le Seigneur des anneaux, Edgar Allan Poe, La Nuit des temps et L’Enchanteur de Barjavel, la saga arthurienne vue par Jean Markale. Puis vinrent les auteurs contemporains. J.K. Rowling en fait partie, mais il y eut aussi Roger Zelazny, Anthony Horowitz, Michel Honaker, quelques Chair de poule…

 

Quant à l’écriture, elle ne m’est pas venue aussi tôt, simplement parce que je ne voyais pas la nécessité de consigner mes histoires. J’inventais de grandes quêtes avec des héros martyrs et de gentils animaux. Et puis, il faut dire qu’écrire freinait mon imagination : les scènes s’enchainaient beaucoup plus vite dans ma tête que sur le papier et ça finissait par m’ennuyer. Je n’avais pas encore conscience de l’importance du style et de la narration. Mes premiers écrits à peu près fignolés furent les rédactions de français, au collège, où l’enseignante nous demandait de laisser libre cours à notre imagination à partir de quelques consignes. Je débordais toujours du nombre de pages imparti… Je crois que c’est à cette période que j’ai commencé à écrire des nouvelles. Elles appartenaient toutes au genre du fantastique – comme mes lectures préférées – et se déroulaient dans les endroits que je connaissais. Déjà, à quinze ans, les bases de mon cadre narratif étaient posées.

 

Puis j’ai découvert le fanzinat lors des conventions manga. L’idée qui m’a tellement emballée que j’ai créé quatre fanzines en dix ans ! S’ensuivirent les premiers AT, mes premiers envois, les premières réponses – positives comme négatives –, les premières corrections et publications. De ces expériences sont nées de très belles rencontres et des amitiés aussi fortes aujourd’hui qu’hier.

 

 

 

Yabook  : Quels sont tes auteurs favoris ?

Vanessa Terral  : La découverte des œuvres de Neil Gaiman m’a ouvert des horizons. Jusque-là, mes principales influences étaient les auteurs fantastiques du XIXe siècle, parfois mâtinés de Lovecraft. J’étais déjà une grosse lectrice de contes, de légendes et de mythologies. Neil Gaiman m’a montré la voie : on peut écrire des romans au style plus contemporain tout en incorporant les cultures et les divers figures et schémas archétypaux issus de l’inconscient collectif. C’est avec lui que l’urban fantasy a vraiment pris un sens pour moi. C’était une sorte de ticket d’entrée pour les figures mythiques dans mes écrits.

 

Patricia Briggs et sa série Mercy Thompson ont été un second déclencheur – ainsi qu’Ilona Andrews et sa Kate Daniels, dans une moindre mesure. À l’époque, j’étais en train d’écrire les premiers chapitres d’une série de « contemporain occulte » se déroulant à Paris, avec vampires, loups-garous et tout le toutim. Je me demandais s’il y avait un public pour ça – l’héroïne forte, le côté romance imbriqué avec une enquête surnaturelle, l’inscription du récit dans une ville existant réellement… – et si ce type d’aventure faisant la part belle à l’action et à la distraction pouvait se conjuguer à une qualité d’écriture et de personnages. J’ai découvert que oui et que cette « bit-lit » pouvait donner de très belles choses, tant dans l’empathie et l’intérêt qu’on a pour les protagonistes que par le mélange des inspirations.

 

Autrement, je lis avec assiduité les œuvres de Pierre Dubois, grand elficologue que je considère comme un trésor national. Et puis, je garde toujours un œil sur les sorties de quelques auteurs que je connais pour la qualité de leurs textes, au style juste, à l’écriture percutante ou poétique – parfois même les deux – et aux histoires envoûtantes : Jacques Fuentealba, Nathalie Dau, Anthony Boulanger, Sophie Dabat, mais aussi Li-Cam, Cécile Guillot, Ambre Dubois, Mathieu Guibé…

 

 

Yabook  : Comment est né ce roman ? Quelle est l’idée de départ ?

Vanessa Terral : Eh bien, ça va paraître ballot, mais la petite graine fut un rêve. J’ai rêvé d’une fille qui courait, qui cherchait sa place dans la vie et qui affrontait de grosses créatures immondes à l’aide de flammes qui jaillissaient de ses mains. À un moment, elle rencontre deux hommes habités par quelque chose de sombre. J’aurais pu en faire des vampires, j’ai choisi de les nommer « démons ».

 

Ce n’était pas la première fois que l’un de mes rêves donnait naissance à une histoire, mais d’habitude, je les transformais plutôt en nouvelles, en récits courts. Ce coup-ci, lorsque j’ai commencé à broder autour et à consolider mes maigres éléments, je me suis rendu compte que je tissais une toile bien plus vaste : celle d’un roman. Par la suite, il y eut, bien sûr, tout le travail de tramage d’un background qui tenait par lui-même. Mais le roman se trouvait tout entier contenu dans ces quelques minutes de songe : comment la fille en était arrivée là et comment elle allait évoluer, liée à ces deux démons.

 

Yabook  : Solange est une jeune femme qui, après sa mort, devient une guerrière pour le compte du Paradis. Comment vois-tu ton héroïne ? Comment la décrirais-tu ?

Vanessa Terral : Solange est une battante à qui la vie a fait maintes fois plier les genoux pour lui apprendre à courber l’échine, sans vraiment y parvenir. Elle a reçu et causé plus que sa part de malheurs, elle a creusé sa propre tombe, mais elle a eu le réflexe de garder la pelle à la main afin de sortir. Je la vois comme une femme qui se relève sans cesse, par courage, certes, mais aussi et surtout parce que c’est dans sa nature. Et, à l’inverse de ce que beaucoup de gens pensent, cela ne veut pas dire qu’elle ne souffre pas, ni qu’elle n’ait pas besoin, de temps à autre, d’une épaule sur laquelle se reposer.

 

 

Yabook  : Qu’est-ce qui t’intéressait dans les figures des anges et des démons ?

Vanessa Terral  : L’aspect manichéen de leur existence. D’un côté, nous avons les anges et le Paradis, absolument parfaits, lumineux et bons ; de l’autre, les démons et l’Enfer, mauvais, obscurs et contrefaits. C’est tellement facile de voir les choses en noir et blanc, comme ça ! Je voulais casser cette évidence, sans tomber non plus dans l’excès inverse, dans ce courant des démons ultra-sexy et pas si mauvais dans le fond, opposés à des anges vicieux et sociopathes. L’absolu n’existe pas dans la vie, pourquoi existerait-il dans la mort ?

 

La notion de péché m’interpellait aussi, notamment un aspect de celui-ci qui pousse des personnes à se ronger alors qu’elles ne devraient pas. Une partie des êtres humains, souvent de chouettes personnes, ont une capacité incroyable à se charger de responsabilités dès que quelque chose tourne mal. Ce sont souvent les mêmes qui se morfondent lorsqu’elles ont « fauté » : cette fois-ci, je ne me mettrai pas en colère et je discuterai calmement alors que j’ai été blessé ; cette fois-ci, je ne serai pas en retard au travail alors que je le déteste et que le simple trajet d’une heure trente me donne des envies de suicide ; cette fois-ci, je me montrerai aimable et d’agréable compagnie d’un bout à l’autre du dîner, même si je suis fatigué et que les sujets de discussion ne m’intéressent pas – quand ils ne s’agit pas de propos fâcheux ou blessants. Plus qu’une réelle conscience des responsabilités, il s’agit d’une culture du péché qui nous pousse à nous auto-flageller dès que quelque chose va de travers et que nous y sommes mêlés, même si nous ne sommes que peu ou prou en cause. Et, parfois, nous nions nos vraies faiblesses et nous nous servons de ces prétextes pour les masquer…

 

 

Yabook  : Est-ce facile de se détacher des représentations habituelles des anges et des démons ? Comment as-tu construit ton univers ?

Vanessa Terral : En fait, techniquement, pour les démons, je suis retournée aux sources – en quelque sorte – puisque j’ai puisé l’inspiration dans l’étymologie du mot « diable ». Mais j’ai remarqué que pour plusieurs créatures fantastiques, repartir du sens et des croyances primitifs devenait une originalité. De plus, cette matière est si dense, avec de telles ramifications qu’on peut facilement tirer sur un bout de fil au point de bâtir un monde et une histoire sans dévider toute la pelote.

 

Si je prends les vampires, ils restent à mes yeux des humains décédés, revenus de la tombe en ayant soif de sang et d’âme – ce qu’ils ont perdu. Ils ont connu la mort et quelque chose s’est détaché d’eux à jamais. On touche là à l’envie (l’un des sept péchés capitaux ; n’est-ce pas une preuve supplémentaire de la nature démoniaque du vampire ?) et à l’état de manque permanents. Les vampires sont par nature handicapés, puisqu’ils ont perdu un moteur principal de l’existence dans notre monde : l’âme. Peut-être cette absence a-t-elle un lien avec la croyance selon laquelle un vampire est obligé de compter les grains qu’on aurait renversés, acte mécanique, de la même manière qu’ils singent comme des automates les façons des vivants ? Bref, de nombreuses caractéristiques s’expliquent et trouvent un lien dès qu’on se penche sur le folklore. Or, de plus en plus de romans effacent la mort, l’envie de sang et font des vampires une nouvelle race, comme détachée des humains, et qui parfois appartiennent encore aux vivants au point de pouvoir transmettre cette vie en ayant des enfants. Alors que lorsqu’on me dit « vampire », je vois un cadavre qui sort d’une terre humide en mâchonnant son linceul. L’une des versions d’Europe de l’Est, quoi !

Pour revenir aux démons, le mot « diable » – « celui qui divise, qui désunit » en latin – vient du grec « diábolos ». Il signifie : « jeter, mettre en travers ». Le terme est à rapprocher de « symbolon » : « jeter, mettre ensemble » ou, interprétation d’apparence opposée, « jeter l’un contre l’autre ». Ce mot désignait également une poterie qu’on brisait en deux afin d’en récupérer les tessons comme signes d’engagement, une sorte de signature de contrat. Il s’agit donc de « désunir » dans le but d’assembler de nouveau, plus tard, une fois la tâche accomplie, le voyage réalisé. En respect de ces étymologies, « mes » démons ont quelque chose de brisé en eux. Pour Aghilas et Terrence, la blessure leur a été infligée. Mais si l’on prend André, il a lui-même brisé quelque chose de sacré – un tabou en quelque sorte – lors de son vivant en échange d’une richesse matérielle, car il s’est abandonné à sa dépendance à la possession. Si le duo démoniaque a « péché », André a fini aux Enfers car il a vendu son âme au Diable, à cette fêlure intérieure, et n’a eu ni le désir ni la force d’accomplir la quête qui aurait permis aux moitiés de se retrouver.

 

La création des anges s’est surtout faite en opposition à la définition des démons. Si « ange » signifie « messager », au final, on ne retrouve cette caractéristique que chez Helena, qui une ange dégénérée. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, peut-être ai-je cette impression que les anges tels qu’ils apparaissent dans l’imagerie populaire – blanches et pures créatures, éthériques au point d’en être presque inintelligibles – devraient se rapprocher des humains pour continuer à les comprendre et effectuer leur fonction de manière pertinente. D’où l’arrivée d’Aurore dans le roman…

Quant à l’univers, il est venu assez naturellement. Par ma pratique et mon expérience, je sais que ce qu’on nomme « réalité » dépend beaucoup de notre façon d’envisager le monde, les événements et nous-mêmes. Je suis aussi habituée à manipuler la notion d’égrégore. Pour imaginer le fonctionnement et les liens entre les plans, je n’ai eu qu’à extrapoler à partir de ces deux concepts.

 

 

Yabook  : Quelle part de toi as-tu mis dans ton héroïne ?

Vanessa Terral : Déjà, pour le hula hoop, je peux te dire qu’elle ne tient pas de moi ! Plus sérieusement, je traversais une période assez sombre lorsque j’ai écrit ce livre. Solange et moi avons vécu ensemble ce voyage vers la lumière, cette quête de notre place dans un monde nouveau, qui n’est, au final, que la découverte et l’acceptation d’une autre facette de nous-mêmes née de la confrontation et de l’adaptation à une réalité différente et pas toujours plaisante. Je ne te ferais pas le coup de Flaubert – d’autant que, contrairement au sien, mon frère est un mec génial ! –, mais Solange m’a aidée autant que je l’ai créée.

 

 

Yabook  : Quels seront tes prochains romans ? Sur quoi travailles-tu ?

Vanessa Terral : En ce moment, je planche sur deux romans, des one shots. Le premier, qui m’occupe le plus, est un récit d’urban fantasy se déroulant à Paris. On y suit Eli, un clairvoyant enlevé par les fées alors qu’il était enfant. Revenu dans notre monde et devenu recéleur d’artéfacts magiques – entre autres qualités –, il se retrouve contraint de réparer une grosse bourde commise lors d’un cambriolage : il a libéré plusieurs esprits emprisonnés dans des objets venus d’autres continents. Pour l’aider dans sa mission, des délégations étrangères débarquent en ville et le changelin cambrioleur se transforme en guide touristique.

 

L’autre roman appartient de nouveau à la bit-lit. L’histoire se déroule sur la côte d’Azur. À l’inverse de L’Aube de la Guerrière, il est surtout question de vampires ! Cependant, toujours dans l’idée de faire original en allant puiser aux sources, j’ai créé une mythologie vampirique qui se démarque un peu des partis pris habituels. J’espère qu’elle plaira !

 

Après, je continue à écrire des nouvelles. Il y a un peu d’Hélianthe Palisède, un peu de projets que je conçois selon les appels à textes. En général, de toute manière, il y a dans tout ça beaucoup de mythologies, de légendaire et de contemporain occulte !

 

Merci beaucoup pour cette interview et pour m’avoir donné l’opportunité de parler de mon roman et de mes inspirations !

 

Blog : http://hier-et-demain-ici-et-ailleu...

 

Profil FB : http://www.facebook.com/vanessa.terral

 

Page FB de L’Aube de la Guerrière : http://www.facebook.com/laubedelagu...

 


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