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Interview de Morgane Caussarieu
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auteur Morgane Caussarieu Morgane Caussarieu
GenreVampires & Monstres

Amatrice de Bit Lit et de jolis sentiments, passez votre chemin ! Les vampires de Morgane Caussarieu sont violents, subversifs et impitoyables...

Yabook : Parlez-nous un peu de vous. Quel est votre parcours littéraire ? Quels sont vos auteurs préférés ?

Morgane Caussarieu : Je ne sais pas si on peut parler de parcours littéraire ; je n’ai strictement rien écrit avant Dans les veines. Je viens d’une formation cinéma, et j’ai appris à écrire très tard, pour exprimer sur le papier des images visuelles qui me semblaient fortes. Dans les veines est construit comme un film, en séquences, et emprunte beaucoup au cinéma de genre.

Niveau littérature, mes maîtres à penser sont Jack Ketchum et Poppy Z. Brite. J’admire aussi énormément le travail de Gudule.

 

 

 

Yabook : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

Morgane Caussarieu  : Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un roman de vampire qui me satisfasse totalement. J’ai donc décidé de le créer de toute pièce. Un livre qui serait un patchwork des thématiques qui me sont chères… Depuis l’adolescence, je trainais en moi ces personnages de vampires dépravés. Ils ne demandaient qu’à sortir et à exister.

 

Yabook : Comment est née l’idée de Dans les Veines ?

Morgane Caussarieu : L’élément déclencheur, c’est le succès de Twilight auprès de la population adolescente. J’ai voulu répondre en revenant à une histoire de vampire très sombre comme on savait les faire dans les années 70-90. Des vampires qui ne seraient pas des puceaux de 100 ans végétariens, jouant les boules à facettes quand on les pose au soleil…

 

 

Yabook : Pourquoi avoir écrit sur les vampires ? Comment avez-vous abordé cette figure du fantastique sur laquelle on a tant écrit ?

Morgane Caussarieu : J’ai écrit une histoire de vampires tout simplement parce que c’est un être qui m’obsède et me passionne, depuis que j’ai dévoré Entretien avec un vampire, à 8 ans. J’essaye de lire et de visionner toutes les œuvres qui le mettent en scène (autant que faire se peut, la tâche est impossible). Forte de cette culture « vampiresque », je me suis sentie plus légitime pour m’attaquer à ce sujet. Comme j’ai estimé que tout avait plus ou moins été fait, je n’ai pas cherché à créer un personnage radicalement différent à tout prix, mais j’ai choisi d’écrire un vampire post-moderne, un vampire qui a lu et vu les mêmes œuvres que moi, qui les a digérées et qui s’en inspire, ou les détourne.

 

 

Yabook : Vos vampires sont violents, et pas qu’un peu. Et l’une des choses sans doute les plus dérangeantes c’est la présence d’un enfant vampire qui a une sexualité. Qu’aviez-vous envie de faire ? De pousser le lecteur dans ses retranchements ? Y’a-t-il des limites que vous vous êtes imposées ?

Morgane Caussarieu : Dans les veines appartient au courant littéraire splatterpunk, et ce courant n’est pas réputé pour épargner son lecteur. Lire ce genre de littérature, c’est rechercher des sensations fortes en se confrontant à des actes et des personnages révoltants. Un enfant vampire avec une sexualité, ce n’est pas forcément pour choquer, c’est surtout logique. L’éternel thématique de l’adulte sexué coincé dans un corps asexué qui ne grandit pas. Je suis juste allée au bout de la transgression, sans m’imposer de limite. Ce n’est pas trop mon truc, les limites…

 

 

 

Yabook : Parlez-nous de votre héroïne Lily. Comment la voyez-vous ?

Morgane Caussarieu : Tout d’abord, je dois préciser qu’elle n’est pas vraiment l’héroïne du roman. Les voix des vampires prennent autant de place que la sienne dans la narration. D’ailleurs, Lily n’apparaît dans le récit qu’au cinquième chapitre.

Par certains côtés, à 15 ans, je lui ressemblais beaucoup. Manque de confiance en soi, haine des autres et de soi-même, désir d’évasion qui passait par une fascination pour le morbide… Peut-être est-ce parce qu’elle me ressemble trop que je ne la ménage pas au fil des pages. Mais Lily, c’est surtout une anti-héroïne. D’accord, elle a cette fraicheur naïve, cette capacité à tomber amoureuse au premier regard qui caractérise souvent l’héroïne adolescente de Bit-Lit, mais à côté de ça, elle est autocentrée et mesquine, dénuée de conscience morale, attirée par l’autodestruction, et ne parvient à surmonter ses problèmes qu’en se réfugiant dans la drogue et la musique. Lily aurait pu, dans d’autres circonstances, faire partie des ados meurtriers du lycée de Colombine... Mais tous ses défauts sont excusables si l’on considère ce par quoi elle est passée. C’est un personnage brisé, en souffrance permanente. Elle cristallise la crise adolescente, son malaise. Je la trouve touchante dans son imperfection. Très humaine.

 

 

 

Yabook : Est-ce que l’on peut dire que Dans les Veines est aussi un roman sur l’adolescence ?

Morgane Caussarieu : Pour moi, devenir vampire, c’est ne jamais devenir adulte, rester bloqué au Pays de Nulle Part. Mes nosferatus ne savent que s’amuser et faire la fête, fuir les responsabilités ; ils n’ont pas d’impôts à régler ou de travail auquel se rendre tous les jours. Une existence de rêve pour un ado, quoi. Le vampire représente la quintessence de la liberté, la possibilité de ne jamais avoir à affronter le monde adulte.

Par ailleurs, à travers mes personnages de vampires et leur soif d’hémoglobine, j’essaye de traiter l’addiction sous toutes ses formes : aux drogues, à l’amour, à la bouffe... Ce genre d’excès touche particulièrement les ados. Les vampires les plus hardcore comme J.F. sont des boulimiques du sang, ils l’avalent à s’en faire vomir, ne sont jamais rassasiés, ne vivent que pour l’ingérer, maladivement. D’un autre côté, Damian a plutôt un comportements anorexique. Lui s’amuse à jeuner et se plaît à ressembler à un squelette. L’addiction, et ces effets sur le corps, la détérioration qui en résulte, est un thème que l’on retrouve à travers tout le roman.

 

 

 

Yabook : Un petit mot sur l’interconnexion entre les vampires et le monde "underground" (je mets plein de guillemets...) notamment musical. Une évidence pour vous ?

Morgane Caussarieu  : Le vampire est une créature en marge, un exclus. Dans les eighties, il était parfait pour évoquer les punks, c’est pourquoi la connexion entre le vampire et l’underground dans l’inconscient collectif a été faite à cette époque là. Bela Lugosi’s Dead chante le groupe Bauhaus, pour signifier la mort de l’amateur d’hémoglobine dandy… suivant cette idée, mes vampires sont des junkies qui vivent dans des squats en écoutant de la musique batcave, plutôt que des bourgeois drapés de capes suçant la moelle de la classe ouvrière.

 

 

 

Yabook : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?

Morgane Caussarieu : Je travaille actuellement à écrire une sorte de fausse suite à Dans les veines, qui s’éloignerait complètement des codes du roman de vampire. Un livre qui serait plus centré sur l’enfance que l’adolescence.

À par cela, deux de mes nouvelles ont été choisies pour figurer dans une anthologie sur la vie après la mort aux éditions l’œil du Sphinx, qui sortira courant 2013 probablement. L’une est une variation sur le thème de Peter Pan, et l’autre met en scène deux personnages de Dans les Veines, dans un texte inédit.


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