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Interview de Céline Kiernan
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auteur Céline Kiernan
GenreVampires & Monstres

Moorehawke et ses secrets !

(Photo DR )

Interview de Céline Kiernan, auteur Jeunes adultes

Le Tome 3 des Moorehawke : Le Prince Rebelle.


Yabook : Bonjour Céline Kiernan, d’après ce que l’on peut lire sur votre site, vous avez commencé à écrire il y a longtemps déjà. Quand vous étiez jeune quels étaient vos auteurs préférés ?

Et quand avez-vous commencé à écrire ? Qu’est-ce qui vous en a donné l’impulsion ?

Céline Kiernan : Quand j’étais très jeune, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Il m’était tout simplement indispensable d’avoir toujours un livre à lire et s’il n’y avait rien d’autre, j’étais capable de lire le dos d’une bouteille de shampooing. Il y a cependant des livres qui devancent les autres en tant que favoris de l’enfance et ce sont tous des livres d’imagination (tous, pour quelque étrange raison, des livres concernant des gens qui avaient été rapetissés ou des êtres tout-petits, des choses minuscules. Comme c’est bizarre. Je me demande ce que cela recèle sur mon estime de soi du temps où j’étais enfant.)

Ces livres sont ceux de la collection Borrowers. Ned Kelly et The City of The Bees (La ville des abeilles), un des premiers livres de Thomas Keneally que j’ai lu et relu jusqu’à ce qu’il tombe littéralement en pièces.

 
Au temps de l’adolescence, mes préférés étaient les nouvelles de vampires par Anne Rice à ses débuts. Stephen King (Salem Lot,It, et The Stand étaient mes grands favoris). J’adorais Ray Bradbury (Something Wicked This Way Comes), en particulier. J’ai lu Primo Levi et quelques livres de Hartlon Ellison et tous les grands vieux auteurs classiques de fiction

 
J’ai commencé à écrire parce que j’en avais tout simplement terriblement besoin. J’avais besoin de coucher les histoires sur le papier tout comme j’ai l’urgence de poser mes dessins sur du papier. C’était (et c’est) presque compulsif. Bien que j’aie parfois écrit avec l’espoir d’être un jour publié, je n’ai jamais écrit pour plaire à un public, si vous voyez ce que je veux dire ?

J’espère certainement que les lecteurs vont apprécier mon travail, mais pour moi c’est l’histoire qui est tout : l’histoire, les thèmes et les personnages. J’écris de façon très thématique, je suppose, et chaque roman est une exploration d’un thème aussi bien qu’une bonne histoire d’aventures, ou une histoire de fantômes ou quoi que ce soit d’autre.

 
Le thème est ce qui me motive vraiment. Cela a toujours été comme ça, même lorsque j’étais une jeune adolescente et que je donnais mes rédactions à corriger à mon professeur d’anglais ; je savais que l’histoire que je rendais était mon parcours d’exploration sur quelque chose qui comptait pour moi à l’époque. Dès les premiers jours, je suppose qu’il y a eu des répétitions dans les thèmes abordés dans mon travail (j’ai beaucoup exploré l’exclusion, la conscience et l’estime de soi, les zones grises de la morale. J’explore l’amour filial, paternel et romantique, la lute humaine pour la stabilité etc., etc.). J’explore ces choses car elles me fascinent et je vais persévérer tant que ces thèmes continueront à me fasciner.

 
J’adore de même le langage et je joue avec la langue comme les enfants jouent avec des blocs de Lego. Le son, le rythme, les tournures de phrases et la syntaxe, l’inclusion de mots « étrangers », toutes ces choses me donnent un vrai frisson de joie, lorsque je sens que j’ai réussi quelque chose de bon avec tout cela. Je ne suis pas certaine du tout par contre de ce que cela va donner en traduction.

 
Yabook : Comment est née l’idée qui est à la base de Moorehawke ?


Céline Kiernan : Je suis presque certaine de pouvoir déceler les toutes premières ébauches de l’histoire Moorehawke il y a quelque temps, au Clos Luce, dans le Sud de la France. Clos Luce est l’endroit où Leonardo Da Vinci a passé les trois dernières années de sa vie, sous la protection du roi François 1er. Le roi avait l’habitude de rendre visite au grand homme en passant par un tunnel qui reliait le château d’Amboise au manoir (appelé à l’époque « manoir du Clou »). Ma famille et moi avons visité Clos Luce il y a des années et je pense que c’est là que les toutes premières graines de l’histoire de Wynter ont germé.

Il faisait très, très chaud, et j’étais assise sur un banc de jardin à l’ombre, en conversation avec un tout petit chaton gris (ou plutôt - j’étais assise à l’ombre et le chaton me dévisageait- s’il n’avait pas fait aussi chaud nous aurions eu une conversation !). L’histoire a été inspirée par trois choses présentes à ce moment : la chaleur, l’immobilité fatiguée du petit chat et l’entourage du 16e siècle. Mes enfants étaient très jeunes et dans ma tête l’histoire commençait comme une aventure légère, pleine de soleil, l’histoire d’un prince perdu, une fille de charpentier, un fantôme dans une allée et peut-être un chat parlant. Mais les histoires légères et gorgées de soleil ne survivent pas longtemps dans mon cerveau et il n’en n’a pas fallu long pour que Moorehawke devienne le récit complexe, noir et teinté de sang qu’il est aujourd’hui.

 

Yabook : Il y a des chats, des fantômes et un peu de magie dans vos livres ; quel genre d’univers aviez-vous intention de créer ?

 
Céline Kiernan : Comme je le disais auparavant, tout ce que j’écris retombe dans un thème. Ainsi, chaque addition fantastique (les chats, les fantômes, les loups) a une raison d’être qui fait écho avec un aspect de l’histoire que j’avais envie d’explorer.

Les chats représentent la pensée indépendante, librement exprimée, avec une confiance en soi presque irritante- des traits avec lesquels un monarque aurait du mal, s’il les retrouvait dans son peuple, surtout si la populace n’était pas d’accord avec lui. Ils sont tous morts ou ont été rendus muets et se sont retournés contre le roi à cause de sa propre façon de les traiter. Ces (chats) et les fantômes sont le symbole de ces petites, incroyables et magnifiques expressions de liberté qui sont souvent issues du peuple sans qu’il s’en aperçoive (et même quelquefois sans qu’il le veuille) et une fois disparues, elles le sont souvent pour de bon, sans jamais pouvoir se présenter à nouveau sous le même visage.

Les loups arrivent d’une toute autre provenance ; si vous voulez vous pourrez en savoir plus en suivant ce lien : http://www.orbitbooks.net/2010/09/2...

(ATTENTION AUX EXTRAITS QUI ANTICIPENT L’HISTOIRE POUR LES CROWDED SHADOWS ICI !)

 

Yabook : Pourriez-vous nous parler du personnage principal, Wynter ? Quelle est sa nature ?


Céline Kiernan : Je voulais raconter cette histoire à travers les yeux d’un vrai marginal, et ça a été Wynter - une femme qui cherche à être indépendante dans un monde où cette indépendance est pratiquement impossible – que son sexe et sa naissance moins favorisée rendent incapable de participer ouvertement aux actions de ses chers royaux, bien qu’elle soit proche du trône ; quelqu’un auquel on cache l’information ; souvent ceux-là mêmes qu’elle aime et auxquels elle fait confiance lui cachent les choses « pour son bien ». Winter est une personne qui reconnait son roi comme le seul législateur raisonnable dans un monde terrible, mais sa foi en lui est poussée à l’extrême limite lorsqu’elle comprend que son emprise sur le pouvoir coûte peut-être trop cher.

Je voulais aussi raconter l’histoire d’une vie dans un monde violent à travers le regard de quelqu’un qui n’a que peu ou pas recours à la violence : une personne qui n’a pas été entrainée au combat mais à créer, qui est donc par comparaison plus petite et plus faible que la plupart de ceux qui lui voudraient du mal.

La première arme de Wynter est sa détermination, sa capacité d’observation et de croire en elle-même et dans la valeur du royaume qu’elle est en train d’essayer de sauver : Comment une personne ainsi faite pourrait-elle survivre ou prévaloir dans un monde où la loi du plus fort gagne et où sa vulnérabilité physique est un handicap bien réel ?

 
Wynter aurait été très inspirée par toutes ces figures historiques de femmes qui ont réussi, malgré l’idée que leur époque avait d’elles, qui les considérait comme moins capables que les hommes. Je voulais qu’elle soit une femme de son temps et je n’ai pas simplement pris une fille du 20e siècle en lui enfilant une tunique et des chausses et lui laisse tracer sa route en balançant des vannes dans un cadre renaissance, en remettant à leur place ces hommes chauvins. 

En dehors de Christopher – qui vient d’une peuplade où la société n’est pas divisée sur la base du genre– les hommes dans la vie de Wynter sont paternalistes, ils mettent les femmes dans un cocon et sont hyper protecteurs. Wynter accepte cela comme naturel et se meut à l’intérieur de ces frontières avec la même habileté ou aisance avec laquelle elle traite les contraintes et les conventions de la cour.

Mais c’est aussi une femme de son temps en ce sens qu’elle est forte, indépendante, avec une robuste volonté et compétente.

Inspirée des cinq femmes forgeronnes qui travaillaient en Angleterre en 1574, ou par les nombreuses femmes charpentiers, tailleuses ou cordonnières inscrites à plein titre dans leur relative corporation au 14ème et 15ème siècle ou les nombreuses grandes femmes chef à travers toute l’histoire.

( Boudica, Grainne Uáile**, Elizabeth 1ère et la grande Catherine pour n’en nommer que quelques unes ) Wynter est seulement une de ces nombreuses femmes qui ont trouvé une façon pour être quelqu’un ou être ce qu’elles voulaient, insouciante des conventions et des circonstances.



Yabook : Il y a deux importantes nouveautés dans ce livre. D’abord la politique du royaume se délite peu à peu. Par ailleurs Wynter est en train de grandir. Auriez-vous aimé une héroïne qui devienne lentement une adulte au cours de roman ? En quoi cela vous aurait intéressé ?


Céline Kiernan : Il est certain que l’opinion de Wynter sur le monde est mise en question au cours de l’histoire. Dans le premier livre, quoiqu’elle soit exclue des véritables informations et qu’elle ne puisse qu’aborder l’aspect extérieur des choses, Wynter adhère du moins aux façons de faire de la Cour et s’y trouve à l’aise. Elle comprend intimement les subtilités des relations à la Cour- l’étiquette, le langage du corps, le sens secret des mots- et elle agit elle-même dans ce contexte avec circonspection et utilise ses connaissances pour obtenir ce dont elle ou ses chers ont besoin. Mais toutes ses défenses lui sont arrachées dans le second livre et on ne s’adresse plus à elle autrement qu’à Madame Moorehawke et elle n’est plus protégée par les structures de la vie de Cour (en soi fragiles).

 

Dans le second livre elle n’est qu’une fillette encore (comme Razi comprend n’être qu’un arabe, dans un monde ou être une fille ou un arabe vaut vraiment peu. Dans le primer livre, Wynter comprend à un certain niveau les terribles conséquences de la perte de contrôle de la part du roi, mais ce n’est que dans le deuxième livre qu’elle commence à vraiment comprendre que les gens du peuple seront sans ressources et qu’il y aura de graves conséquences pour la vie de tous les jours si les changements sociaux planifiés avec soin par Jonathon ne seront pas mis en place.

Dans le livre trois ces éléments s’unissent en elle : la compréhension de la vraie nécessité d’un gouvernement rationnel, du pouvoir de la diplomatie, des conséquences de la guerre, de la fragilité de la justice ; tout cela devient prise de conscience de son rôle à jouer à elle, comme être humain ; de l’importance de lever sa voix, bien qu’elle n’ait pas de réel pouvoir, et de défendre les choses en lesquelles elle croit.

 

De cette façon, oui, Wynter devient adulte. Pas de la façon souvent classique dans les romans de fantasy, en prenant une épée et battant physiquement son ennemi, mais dans le plus subtil épanouissement d’une façon nuancée de voir le monde et dans la compréhension qu’il y a plusieurs options et opinions différentes et des méthodes divergentes qui peuvent être appliquées pour que les choses changent.

Toutes ces méthodes doivent être équilibrées dans un tout de cohésion et d’inclusion, pour que tout système social se tienne et s’améliore.

A travers ces livres le lecteur reçoit beaucoup de questions et pas de vraies réponses – il n’y a pas de juste ou injuste décidé ici, juste une option après l’autre.

Wynter se trouve comme dans un brouillard à la recherche de réponses qui n’arrivent souvent pas.

Mais dans ce processus de recherche, elle est constamment, subtilement l’outil du changement, et à la fin elle comprend la responsabilité implicite dans l’action (et la voix) non seulement d’un point de vue politique plus ample mais aussi à un niveau personnel, en devenant le décideur de son sort.

 

Yabook : La trilogie a eu un grand succès. Quelle est votre relation avec vos fans ?

 

Céline Kiernan : Et bien, je reçois beaucoup de courriels du monde entier. J’adore ça et même si c’est très difficile et je suis souvent très en retard avec mes réponses, je tache de répondre à mon courrier moi–même.

La majorité de mes lettres de fans sont magnifiques, intelligentes, curieuses, certaines fois ce sont des lettres très profondes et touchantes, la plupart écrites par des ados quoique très variés quant à leur provenance, âge et sexe.

De temps à autre je reçois des lettres furieuses à cause des zones grises de la morale dans mes livres, ou de lecteurs qui trouvent qu’il ne devrait pas y avoir autant de violence que dans mes livres, dans la littérature pour jeunes adultes, ou autant de blasphème, ou bien que je ne devrais pas présenter mes principaux personnages de la façon dont je le fais (des héros homosexuels, des hérons non-chrétiens, des personnages sexuellement actifs et pas toujours fidèles, etc.)

Mais c’est la vie, je ne peux plaire à tout le monde et de toute façon ce n’est pas mon objectif.

La seule raison pour laquelle je risque de ne pas recevoir un courriel est que celui ou celle qui me l’envoie oublie d’écrire Céline ou “mail” dans la ligne de l’objet de la lettre ; en ce cas le filtre antispam de mon ordinateur l’avale, miammiammiam, et on ne le voit plus jamais.

J’essaie de garder mon profil en ligne à jour et sous contrôle ; je ne veux pas finir par ignorer mon écriture à cause du temps passé à bavarder, donc je n’ai pas de compte twitter et un profil sur facebook privé et très limité. Mais je réponds à des messages sur mon compte d’artiste en ligne, et sur celui de goodreads où (bien que je ne lise pas mes propres critiques littéraires) j’aime parler de livres.

J’ai un blog aussi (mais il s’agit pour la plupart juste d’annonces)

 

Yabook : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Quels sont vos projets ?

 

Céline Kiernan : Ce n’est qu’hier que j’ai annoncé la date de publication en Australie de mon nouveau roman fantastique : Resonance. Il est trop tôt pour des blurbs et autres anticipations. Mais il suffira de dire que le roman traite de pirates immortels, d’ange captif, du monde difficile et noir de l’Irlande victorienne, d’une cousette qui travaille dur, d’un magicien qui rame et d’un conducteur de carrosse sans le sou.

Les australiens lui ont donné un nom de genre : « Fiction métaphysique gothique » qui ira très bien pour le moment, merci beaucoup ! Vous pourrez en savoir plus sur le blog, si vous voulez (et ne soyez pas déroutés par le dragon, j’annonce toutes les nouveautés liées à l’écriture avec un dragon, c’est ma muse !

 


Yabook : Merci Céline Kiernan.

 

JV / ND, Avec la fine complicité de Juliette Kleemann, éditrice à Milano (Italie), pour la traduction. 

 


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