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Interview Jeanne Faivre d’Arcier
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auteur Jeanne Faivre d’Arcier
GenreVampires & Monstres

Jeanne Faivre d’Arcier vient de sortir Le Denier Vampire, le dernier tome de sa Trilogie en Rouge.

Yabook : Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ? Quelles sont vosinfluences ?

Jeanne Faivre d’Arcier : À science Po Paris, j’ai rédigé un mémoire sur les femmes en milieu agricole. Après l’avoir écrit, j’ai eu le déclic et j’ai su que c’est la littérature qui m’intéressait, pas la sociologie. J’ai commencé, un peu comme tous les auteurs, à écrire des textes plus ou moins autobiographiques. L’un d’eux a été publié chez Flammarion.

Ensuite, j’ai lu beaucoup de romans noirs, les classiques du genre, français, anglais ou américains, sans parvenir à en écrire un qui tenait d’aplomb. Je n’avais pas compris les codes, il y avait un mélange entre le roman policier et l’autofiction qui ne fonctionnait pas.

En fait, ma véritable entrée en littérature s’est fait avec le choix du fantastique et des vampires dans les années quatre vint dix. Là, ça a bien marché tout de suite, c’était un champ qui me convenait parfaitement. Pourquoi ? je n’en sais rien. Peut-être parce que j’ai un imaginaire assez baroque et qu’il peut s’épanouir dans le genre fantastique.

En ce qui concerne mes influences, j’ai d’abord lu et relu les grands écrivains français du dix-neuvième, Balzac Flaubert, Georges Sand, Maupassant, Zola, avec une prédilection pour ce dernier : j’ai lu chaque tome des « Rougon Macquart » trois ou quatre fois et j’en connais encore des passages par coeur. D’où le choix d’une écriture délibérément très littéraire.

J’ai aussi été très marquée par Henri Miller. D’où le choix du prénom Mara, pour mon deuxième personnage de vampire (elle apparaît dans « Rouge Flamenco » et elle est le personnage principal de « la Déesse Ecarlate »). Dans Plexus, Sexus, Nexus, les livres de la trilogie en rouge d’Henri Miller, Mara est le nom de la femme du narrateur. C’est un personnage trouble, une mythomane, une menteuse pathologique, une fille vénale qui se prostitue plus ou moins pour que son mari puisse écrire. En même temps, elle est belle est très attirante. Or je voulais que mon personnage de vampire soit insaisissable, versatile, fascinant. Le prénom Mara était chargé pour moi, porteur de fantasmes riches pour l’écriture. Et quelle ne fut pas ma surprise, en feuilletant un dictionnaire de l’hindouisme, lors de la rédaction de « Rouge Flamenco », de m’apercevoir que Mara était le nom du prince des démons. Mara est l’adversaire de Bouddha, dans les légendes hindouistes et ce mot signifiait « le boucher », « le tueur » en sanskrit ! C’était l’idéal pour un vampire ! J’y ai vraiment vu un signe du destin, une protection ( je suis un peu mystique). Je me suis dit que je tenais là l’architecture de mon deuxième livre sur les vampires : Mara, mon héroïne, serait l’équivalent de la déesse Kali dans mon livre, et bien sûr, une alliée du Prince des Démons...

De Miller aux légendes hindouistes, les raccourcis opérés par l’inconscient sont parfois incroyables !

Mes influences : Avant d’écrire Rouge Flamenco, j’ai lu les grands maîtres de la terreur anglo-saxonne, avec une prédilection pour Dan Simmons (L’échiquier du Mal entre autres), Peter Straub (Ghost Story), Masterston (Le portait du Mal, inspiré du Portait de Dorian Gray d’Oscar Wilde) etc. Mais c’est Anne Rice qui m’a donné envie d’écrire sur les vampires. 

 

 

Yabook : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur les vampires ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette figure du fantastique ?

Jeanne Faivre d’Arcier : La figure du vampire ne m’intéresse que si on la retourne et que l’on fait de lui un héros positif. Le Dracula de Bram Stoker ne m’inspire pas, indépendamment des qualités littéraires du texte, parce le personnage est enfermé dans une vision manichéenne, victorienne, judéo-chrétienne du monde. Il représente le Mal absolu et en tant que tel, il doit être châtié et détruit. Je trouve ça trop réducteur.

En revanche, le Dracula de Coppola est plus émouvant. Il est amoureux, c’est un personnage romantique et l’on peut s’identifier à lui.

Mes vampires sont des héros positifs qui dérivent dans le temps et l’espace. Ils ont souffert, leur métamorphose les a traumatisés, mais ils tentent de reprendre leur destin en main. Ils s’assument, ils se bagarrent, entre eux ou avec des mortels, mais ils sont combatifs et pugnaces.

Ce sont aussi des êtres passionnés qui cherchent l’amour éternel. La figure du vampire permet de cristalliser le récit autour de grandes histoires d’amour. C’est pour cela, je crois, que le lectorat de ce type de livre est surtout féminin. Les femmes adorent lire des histoires d’amour. Quant à moi, j’adore en écrire.

Le vampire a aussi une mémoire quasi inépuisable, puisqu’il survit dans la durée. Les Immortels sont les témoins des époques qu’ils ont traversées. C’est là une ressource précieuse pour un écrivain qui peut donner une dimension historique à la fiction qu’il compose.

Parler des vampires, c’est aborder le thème de l’immortalité. C’est le rêve le plus fou et le plus ancien de l’humanité : vivre éternellement. Depuis que l’homme est sur terre, il y pense. Et toutes les recherches médicales et scientifiques, au sens très large du terme, visent à faire reculer les barrières de la mort. C’est pour cela que les histoires de vampires nous empoignent : ils sont passés de l’autre côté du miroir, ils ont vaincu la mort. C’est notre fantasme à tous...

Enfin, le mythe tourne autour d’une utilisation rituelle du sang. Celle-ci renvoie à la religion chrétienne — le vin de messe n’est autre que le sang du Christ — mais aussi à d’autres religions, je dirais presque à toutes. Les femmes qui ont leurs règles sont impures pour les musulmans et les juifs. Nombre de peuples pratiquaient des sacrifices sanglants autrefois. Les médecins, du Moyen-âge au dix-huitième siècle, saignaient les patients pour un oui pour un non, c’était le remède-miracle. La peur du sang, la fascination à l’égard du sang est vieille comme le monde. Le mythe du vampire est le reflet de cette fascination- répulsion et les romanciers jouent avec elle. 

 

Yabook : Comment voyez-vous Carmilla ? Comment vous la présenteriez ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Carmilla, c’est une longue histoire...

Pour moi, c’est LA femme fatale. Le clin d’oeil à Mérimée et à l’opéra de Bizet est évident dans « Rouge Flamenco  »puisqu’une partie du récit se déroule à Séville au milieu du dix-neuvième siècle et que Carmilla devient une reine du flamenco. Mais au-delà, le thème de la femme fatale a nourri le roman noir et le cinéma noir qui sont aussi mes domaines de prédilection. 

Carmilla est également une danseuse. Ce n’est pas un hasard. Le théâtre, la scène, sont très présents dans « la trilogie en rouge. » La première scène du « Dernier vampire » se déroule dans un théâtre. J’ai obtenu le grand prix de l’imaginaire avec une longue nouvelle sur le cirque Médrano. Le spectacle vivant est une source d’inspiration importante pour moi. J’ai beaucoup pensé à « Lola Montès », le film de Max Ophuls, en travaillant sur «  Rouge Flamenco ». J’adore l’écrivain Colette et les textes que je préfère d’elle, ce sont les notes prises sur le vif lors de ses tournées de music-hall. J’ai même songé à faire du mime, comme elle, puis j’y ai renoncé parce que c’est un art très exigeant et que ce travail intense m’aurait empêché d’écrire.

Je n’y avais jamais songé, mais je crois que Colette m’a ainsi suggéré quelques-uns des traits de caractère de Carmilla : son goût de la liberté, son tempérament rebelle, son côté cabochard, sa bisexualité... 

 

Yabook : Comment est née l’idée de la série ?

Jeanne Faivre d’Arcier : L’idée de la série : Carmilla traînait des Gitans dans ses jupes - flamenco oblige. Le berceau des Roms étant l’Inde, Mara s’est imposée à moi, dans les conditions que j’ai décrites plus haut. Les deux livres étaient très liés dans mon esprit, et je crois que l’on passe facilement de l’un à l’autre car les ingrédients de ma tambouille sont un peu les mêmes : deux femmes vampires, un mythe (la femme fatale d’une part, la déesse Kali et le prince des Démons de l’autre), des voyages dans le temps et l’espace et beaucoup d’exotisme. On a un couscous berbère ou une paella pour le premier roman, et un riz biryani pou le second. Le tout assez épicé. J’ai donc annoncé une série. Mais après avoir passé cinq ans avec mes vampires, j’avais envie de changer de compagnonnage littéraire. J’en avais marre de ces mordeurs, ils me saoulaient. Donc je suis passée du rouge au noir (salut Stendhal !) et j’ai écrit des romans noirs. 

 

Yabook : Pourquoi ce laps de temps entre le deuxième et le troisième tome ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Si j’ai attendu dix ans avant d’écrire le troisième volet de ma série, c’est que je ne voyais absolument pas comment aborder le sujet. J’ai cherché un autre mythe porteur, songé aux légendes scandinaves, aux Vikings, à la légende de Tristan et Yseult, mais rien ne se cristallisait. J’ai donc mis le projet de côté et je me suis consacrée à autre chose.

Après un roman historique et un livre fantastique inspiré des légendes mongoles (Gengis Khan et le Loup Bleu, publié à l’Atalante en 2003), je suis passée au polar avec un réel succès dans le Sud ouest puisque quatre de mes romans noirs ont le bassin d’Arcachon pour cadre. 

 

Yabook : Les vampires sont à la mode en ce moment mais quel était lecontexte au milieu des années 90 ? Comment ont été accueillis vosdeux livres ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Les vampires sont à la mode aujourd’hui, mais ils l’étaient aussi au début des années quatre-vingt-dix, Anne Rice ayant lancé le mouvement, comme Stéphanie Meyer aujourd’hui. Mes livres ont bien marché, chacun d’eux s’est vendu à plus de dix mille exemplaires en poche, alors que j’étais inconnue. Et c’est à ce moment-là que l’on m’a surnommée « la Anne Rice française », ce qui était très flatteur. 

  

Yabook : Etes-vous étonné de ce regain d’intérêt pour les vampires ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Non, je ne suis pas surprise par ce regain d’intérêt, car il y a des cycles en littérature. Ce thème resurgit tous les quinze vingt ans. C’est à peu près l’écart qui sépare une génération de lecteurs de la suivante. Là, on est en plein dans le courant, à cause de Twilight et préalablement de Harry Potter qui a remis la littérature fantastique au sens large, à la mode. 

 

Yabook : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce troisième tome ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Après avoir écrit cinq romans noirs, il m’est alors apparu comme une évidence que mon troisième livre sur les vampires serait une confrontation entre un Immortel et des flics de la Criminelle (mais pas n’importe lesquels, des flics bien déjantés, façon Fred Vargas.)

C’est ainsi qu’est née l’idée du Dernier vampire : écrire un récit fantastique avec pour trame de fond un roman noir ; entremêler les codes et voir comment cela se tricoterait. Et puis j’ai beaucoup songé aux « Racines du mal » de Maurice Dantec, avant de commencer à prendre des notes. Le récit démarre comme un polar, avec une histoire assez classique de sérial killer traqué par un enquêteur complètement barré, genre scientifique de haut niveau, visionnaire, surdoué et asocial, et très vite, le lecteur bascule sans l’avoir vu venir dans la science-fiction. Je tenais à cet effet de bascule. « Le dernier vampire » commence comme un roman noir et l’on se retrouve aux alentours de la page cent dans un récit fantastique. Mais « le fil noir » court tout le long du livre, jusqu’à la dernière page.

Je voulais aussi qu’il y ait une rupture forte avec la thématique traitée précédemment : donc pas d’exotisme, pas de voyage, pas de légende, ni de mythe. Mon histoire serait cette fois franco-française, inscrite dans nos gênes.

Mais j’ai gardé la thématique historique afin qu’il y ait quand même un lien avec les deux premiers romans. Et Carmilla et Mara apparaissent en guest stars dans «  Le dernier vampire. »

J’avais le désir depuis longtemps de travailler sur la Révolution Française. J’ai choisi les années 1791 à 93. C’est le moment où les Girondins prennent le pouvoir, entraînent le pays dans une débâcle économique, politique et militaire et sont balayés par les Montagnards. C’est tragique, car ils rêvaient de bâtir une nation nouvelle sur les décombres de la Monarchie absolue, alors que leur échec les condamne à la guillotine ou au suicide. Les Girondins, ce sont les enfants maudits de la Révolution française : ils sont coincés entre les Constituants qui ont la légitimité, puisqu’ils ont causé la chute de l’Ancien Régime et posé les bases d’un régime démocratique et d’un état moderne, et les Montagnards qui, au prix de la Terreur, ont remis le pays à flots : ce succès justifie leurs excès aux yeux de l’Histoire.

Les Girondins, eux, ont la réputation d’avoir été de beaux parleurs mais de n’avoir rien construit.

J’ai donc souhaité rendre hommage aux Girondins qui sont les oubliés de la Révolution, alors qu’ils ont les premiers prôné l’instauration un régime républicain, quand leurs adversaires, Robespierre compris, en restaient à l’idée d’une monarchie constitutionnelle.

Puis je séjourne souvent à Bordeaux, berceau du mouvement girondin qui représente pour beaucoup d’habitants de cette ville, l’esprit de résistance contre les ravages de la centralisation et du jacobinisme parisien. Alors tropisme bordelais oblige, je me suis approprié le mouvement girondin.

 

Yabook : Vous faites aussi de la jeunesse, votre dernier roman en date

s’appelle Traque sur la presqu’île. De quoi parle-t-il ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Traque sur la presqu’île, c’est l’histoire d’un gamin de quatorze ans qui habite au Cap-Ferret et qui fait une fugue. Il se cache dans la forêt, vole de la nourriture dans les campings, Il a très peur la nuit, il a très faim et finit par se rendre compte que ce n’est pas en fuguant que l’on règle ses problèmes. C’est à la fois un petit polar et un roman d’aventure. J’aime bien mixer les genres. Ça se vend très bien, c’est prescrit dans les écoles en Gironde. 

 

Yabook : Comment choisissez-vous si l’histoire que vous écrivez est plutôtjeunesse ou "adulte" ? Travaillez-vous de la même manière ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Je sais à l’avance si mon récit concernera la littérature jeunesse ou le segment adulte. On n’est pas sur les mêmes codes. La sexualité est évacuée du récit pour la jeunesse. Du moins elle n’est pas traitée de façon aussi crue que dans mes livres pour adultes. Puis je ne travaille pas de la même façon. Je n’ai pas besoin de construire un long scénario en littérature jeunesse comme je le fais pour mes autres livres. Je pars sur une idée directrice assez simple et je la déroule. J’ai beaucoup appris en écrivant pour les enfants : j’ai cassé mes tics de style, je me suis habituée à faire des phrases courtes, moi qui ai un style plutôt sophistiqué ; je me suis obligée à dire des choses complexes de manière accessible à des enfants de 9 à 12 ans. J’ai beaucoup travaillé sur les dialogues ; il faut que le langage utilisé soit crédible, que le style ne fasse pas vieillot, décalé, trop ampoulé. Il y a une exigence de qualité littéraire pour ce type d’ouvrage, mais ça ne doit pas se voir. Me confronter à ce défi m’a beaucoup apporté. Il y a aussi la relation avec les enfants qui est très enrichissante, car je fais souvent des interventions en milieu scolaire et beaucoup de signatures en librairie. Les enfants sont très directs, ils vous disent franchement pourquoi le livre leur a plu ou pourquoi ils ne l’ont pas aimé. Les rencontres avec eux, c’est un vrai bonheur, c’est rafraîchissant ! 

 

 

Yabook : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Mes projets : Pour l’instant, je travaille sur un roman contemporain qui a plus à voir avec la littérature blanche qu’avec la noire.

Après, j’enchaînerai avec un quatrième roman pour enfants chez Souris Noire (Syros.) 

Je me lancerai peut-être ensuite dans un autre roman de vampires avec Donnadieu en personnage central Ce type m’obsède. Je n’arrive pas à m’en détacher. Je l’aime beaucoup.

J’ai une petite idée derrière la tête, mais je ne suis pas sûre qu’elle soit bonne. Alors je laisse le projet se décanter. Je verrai ce qu’il en restera d’ici un an ou deux... 


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