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Interview Isabelle Bauthian
A la Une
auteur Isabelle Bauthian
GenreSF/Fantasy

Il était une fois une BD où se mêlent et s’entrecroisent des adolescents, de la magie, de la mesquinerie, des espoirs, des rêves, à la lecture de cette savoureuse bande dessinée, nous avons eu envie d’en savoir plus sur celle qui a réussi à nous sortir cette belle histoire surnaturelle.

Yabook  : Bonjour Isabelle, derrière tout conte il y a une conteuse, peux-tu nous parler de toi ?

 

Isabelle Bauthian : Et bien on ne va pas faire original : j’ai toujours aimé raconté des histoires, et j’en ai écrit dès que j’ai su tenir un crayon. J’ai gagné quelques prix, ado, mais je me suis d’abord dirigée vers des études scientifiques pour faire un "vrai métier".

Je suis allée jusqu’au doctorat, puis j’ai réalisé qu’il valait mieux être un bon écrivain qu’un mauvais chercheur, et je me suis lancée. Ma première bd, Effleurés, a été éditée par Dargaud en 2005 et, depuis, je n’ai plus arrêté.
 

 

Yabook : Derrière toute histoire, il y a au départ une idée, comment t’es venue celle de Pleine Lune, quels ont été les changements apportés au fur et à mesure que le projet avançait ?

 

Isabelle Bauthian : A la base, j’ai été contactée par Dargaud qui voulait lancer une série fantastique pour les ados. Comme ils savaient que, à cette période, j’en avais un peu assez de ne faire que des histoires réalistes, ils m’ont demandé de leur faire une proposition. J’ai trouvé amusant de me réapproprier quelques codes des séries "fantastico-romantiques" pour donner ma propre vision du genre, ils ont aimé mon synopsis, et les choses se sont enchaînées assez naturellement. Il y a eu très peu de changements au cours de l’avancée du projet.
 

 

Yabook  : Le tempo de l’histoire est parfaitement maîtrisé, peux-tu nous expliquer comment le découpage de l’histoire se décide t-il ?

 

Isabelle Bauthian : C’est gentil, et ça me fait plaisir parce que ça n’a pas été simple. Dans mes précédentes bd, je travaillais sur des formats libres, ou sur des paginations relativement importantes qui me permettaient de prendre mon temps pour développer les histoires, les personnages... C’est la première fois que je travaille sur le sacro-saint 46 planches couleurs et j’ai réalisé que ce format demandait une efficacité immédiate et une concision auxquelles je n’étais pas forcément habituée. Je voulais éviter l’écueil d’un tome 1 purement introductif, il fallait qu’on rentre immédiatement dans l’histoire, qu’on s’attache à des personnages assez nombreux... Mais je ne saurais pas trop expliquer comment j’ai décidé du découpage. J’essaie de ne pas trop intellectualiser ces choses-là pour éviter que les ficelles se voient et fasse sortir de l’histoire. J’ai pas mal réfléchi en amont, avant d’écrire, j’ai essayé d’intégrer les contraintes pour que le rythme vienne de lui-même. Je crois aussi que d’avoir travaillé sur les adaptations en bd de Wakfu m’a beaucoup aidée à être plus efficace.
 

 

Yabook  : Comment t’es tu prise pour aussi bien fusionner vie quotidienne, petits soucis (amoureux et autres) de l’adolescence et l’élément surnaturel qui prend de plus en plus d’importance ?

 

Isabelle Bauthian : Là encore, je suis contente que ça semble réussi, car pour le coup ça s’est fait tout seul. Je pense qu’à partir du moment où les personnages et leur univers sont bien définis et que l’on sait où on veut les amener, la narration se met en place naturellement. L’élément surnaturel vient briser le train-train d’une vie bien rangée et très terre à terre et symbolise un peu le passage de l’insouciance monotone de l’adolescente à une vie adulte. Les héros, du coup, l’accueillent avec un mélange de frayeur et d’excitation. On a tous ou presque vécu cette transition, la mettre en scène a donc été assez naturel.
 

 

Yabook  : Parlons des personnages, comment les as-tu développé, as-tu fait pour les rendre si justes et pas stéréotypés ?

 

Isabelle Bauthian : Toutes mes séries sont essentiellement focalisées sur les enjeux humains derrière les histoires, du coup j’ai l’habitude de beaucoup travailler mes personnages en amont. Je tiens absolument à éviter les stéréotypes, à créer de "vrais gens" auxquels on puisse croire immédiatement, quand bien même certains auraient des choix de vie un peu caricaturaux. Mes personnages sont les vecteurs des questions, des idées que je veux soumettre au lecteur, donc c’est quelque chose sur lequel je ne veux vraiment pas me planter.

Pour les rendre justes, j’essaie simplement de me mettre à leur place, de "vivre" l’aventure, et d’être naturelle, sans chercher l’effet de style. C’est une préparation proche de celle que pourrait faire un acteur en préparant un rôle. Et, en ce qui concerne l’âge des protagonistes... j’aime à croire que ma propre adolescence n’est pas si lointaine, et mes souvenirs de l’époque encore assez vifs.
 

 

Yabook  : As-tu eu peur des comparaisons du style "Encore une histoire surfant sur la vague Twilight, ou plutôt Teen Wolf dans ce cas-là ?"

 

Isabelle Bauthian  : Je n’en ai pas peur car le parallèle est assumé. L’idée était de s’emparer de ce thème pour en donner notre propre vision. Je tiens tout de même à préciser que Twilight (que je n’ai pas lu) n’a pas inventé ces thématiques, qui relèvent de légendes séculaires. Je voulais, de mon côté, faire quelque chose de moderne, montrer qu’on peut parler d’amour, de romantisme, sans sombrer dans des facilités un peu cul-cul, si j’ose dire, voir franchement malsaines. Koline, notamment, a un côté très libéré mais aussi une attirance pour une vision de l’amour réductrice, vaguement sexiste, héritée de notre culture patriarcale. Elle veut être à la fois libre et surprotégée. Aurel, lui, est un gars bien, parfois un peu renfermé. Mais ça ne l’empêche pas d’être viril, courageux, avec de la personnalité... Je voulais casser ce cliché de la jolie fille fragile avec le bad boy, cette idée que ce sont leurs faiblesses qui rendent les gens intéressants. Aurel et Koline ont de nombreuses failles, mais ce qui en fait des personnes auxquelles on va s’attacher, c’est leur volonté de les surmonter.
 

 

Yabook  : "Tu veux bien me dessiner quelque chose ?" Parle-nous du dessinateur, de son choix, de la façon dont vous travaillez ensemble.

 

Isabelle Bauthian : Sur cette série, c’est un peu particulier, car le projet a été accepté par l’éditeur sans savoir qui allait le mettre en image. D’habitude, je présente un projet avec un dessinateur. Là, on a longtemps cherché la bonne personne. Finalement, c’est Dargaud qui m’a présenté Luca, qui leur avait envoyé un dossier de son côté quelques mois plus tôt. Ça a demandé quelques ajustements, car c’était la première fois que je me retrouvais dans la situation "mon projet avec l’éditeur", et pas "notre projet à deux auteurs". Comme Luca est italien, on a fait traduire le scénario, et on s’échange des mails en français et en anglais. Petit à petit, on a appris à se connaître et à vraiment collaborer, à s’enrichir de nos univers respectifs, comme c’est le cas sur mes autres livres.
 

 

Yabook  : La fin apporte son lot de questions, et surtout pas de réponses, à quand la suite des aventures de Koline, d’Aurel et des autres ? Peux-tu nous donner quelques friandises pour faire nous faire patienter ?

 

Isabelle Bauthian  : Mmm... Dans le tome suivant, les héros ne sont plus au lycée. Ils commencent à mener des vies plus adultes, tout en étant encore "en construction". Leurs personnalités s’affirment, ils prennent conscience de leurs envies profondes, de leurs responsabilités... On va retrouver une Koline un peu changée par ce qu’elle a vécu. J’imagine que les lecteurs trouveront ce tome légèrement plus "dark", même s’il y aura toujours un peu d’humour, car je crois que ça participe au réalisme.

On en saura plus sur les Neuri et les ersatz, de nouveaux personnages apparaîtront... et je compte développer ceux qu’on a découverts à la fin du tome 1. Il semble que certains Neuris ont vécu des choses similaires à ce que traversent nos héros. Alors, qu’en ont-il tiré ? Que sont-ils devenus ?
 

 

Yabook : Pour conclure peux-tu nous parler de tes projets en cours et à venir ?

 

Isabelle Bauthian : Je viens de signer une série chez Soleil. Des gags autour d’une adolescente surdouée qui essaie de creuser son trou, à la manière d’une exploratrice, au milieu d’un groupe de "petites pestes girly populaires". Je travaille aussi sur un roman de fantasy qui devrait sortir en numérique chez un éditeur belge. Je lance également quelques nouveaux projets bd, dont un avec Anne-Catherine Ott, la dessinatrice de Havre, et j’espère mener à bien un long métrage pour le cinéma. Mais tout ça est encore embryonnaire.

 

Bertrand Campeis


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