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:: Interview Charlotte Bousquet ::

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auteur Charlotte Bousquet
Parution2011-10-00

Avec Nuit Tatouée, Charlotte Bousquet a lancé une série passionnante avec des tatouages qui racontent de véritable histoire... La première se passe dans un Paris futuriste totalement dévasté avec une jeune fille en quête de son identité...

Yabook : Comment t’es venue l’idée de Nuit tatouée ?

Charlotte Bousquet : Si je te parle de Nuit tatouée, je dois d’abord évoquer l’ensemble de La Peau des rêves, dont c’est le premier opus. Cela a été - comme la plupart du temps (mais je m’en aperçois toujours au moment de la rédaction) le fruit d’une gestation assez lente... Au départ, il y avait l’envie d’écrire un cycle mêlant contes (y compris Les Mille et une nuits), mythologie et villes - un projet resté au fond de mes tiroirs (d’ordinateur). Ensuite, Thierry Lefèvre, directeur du label Galapagos aux éditions de L’Archipel, m’a proposé de travailler sur un cycle de bit’lit, me sachant amatrice du genre. Enfin, il y a un mélange de préoccupations personnelles quant à l’avenir de notre planète... et une fascination pour les ruines. 

Concernant Nuit tatouée, plus précisément : quand nous avons évoqué ce cycle "européen", il nous a paru évident, à Thierry et moi, que la première histoire devait se dérouler à Paris. Or, il se trouve que j’adore le théâtre et que j’ai la chance d’habiter non loin du Théâtre du Nord-Ouest, salle d’art et d’essai située dans le passage éponyme. A partir de là, la construction de Nuit tatouée a été assez logique : une trame axée sur des éléments tragiques, une héroïne forte...

 

Yabook : Ton intrigue se passe dans un Paris futuriste totalement en ruine. Est-ce que cela a été plaisant d’y mettre ton histoire ?

Charlotte Bousquet : Non... et oui.

Non, parce que pendant longtemps, j’ai été obsédée par la fausse nécessité du vrai... J’écrivais quelque chose et je pensais : "Oui, mais dans la réalité, ce ne serait pas possible..." Jusqu’à ce que je me dise : "Eh ! Redescends sur terre, ce que tu écris est une fiction..." 

Une fois intégré cela, cela s’est beaucoup mieux passé !

Oui, parce que j’ai adoré relire le Guide de Paris Mystérieux, plonger dans l’histoire des catacombes et du métro, me balader dans des quartiers qui me sont familiers en me demandant comment ce serait dans l’univers de Nuit tatouée, regarder avec des yeux neufs, voire comme si c’était la première fois, ces rues, ces carrefours - je pense notamment à la Place Olympe de Gouges et la fontaine Boucherat, que je n’avais même pas remarquée alors que je passe souvent devant... Bref, réinventer et redécouvrir cette ville où je suis née.

 

Yabook : Tu sembles avoir un lien fort avec la ville, les villes pourraient-on dire. La cité a souvent une importance particulière dans tes récits. Pour quelles raisons ?

Charlotte Bousquet : Les cités ont quelque chose d’organique, de vivant que je trouve absolument fascinant : Paris, Venise, Rome, Berlin, chacune possède sa personnalité propre, avec d’une certaine manière ses veines, son cœur qui bat - et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les termes souvent employés dans leurs descriptions parlent de "pouls", d’"artères", etc. Cet aspect vivant, je l’avais ressenti en lisant Le Ventre de Paris de Zola et dans l’œuvre de Villon, puis, plus récemment dans un poème de Quevedo sur Madrid. Enfin, il y a aussi dans les zones urbaines quelque chose de très immédiat, de presque charnel, une matière brute à utiliser pour l’écriture...

 

Yabook : Comment vois-tu Cléo ? Comment l’as-tu imaginée ?

Charlotte Bousquet : Cléo est une jeune fille perdue entre deux mondes, qui passe son temps, d’une certaine façon, à faire ce qu’on attend d’elle - une bonne petite Mens tueuse de Chimères - en étant consciente de ne jamais y parvenir vraiment. Elle fait illusion en ayant un petit-ami "conforme" à son statut, une position de "fille préférée", mais elle n’est jamais vraiment elle-même... Sauf quand elle se plonge dans les pièces de théâtre récupérées dans les archives du Clan. Ses rencontres avec Axel, puis avec Lyn, lui donnent la force d’agir.

Pour la construire, j’ai effectué un voyage dans le temps jusqu’à mon adolescence, juste histoire de me rappeler ce que j’aimais lire ou ce que j’aurais aimé lire à l’époque... et de me rendre compte que les failles et les forces, les doutes sont les mêmes aujourd’hui : ce qui change peut-être avec le temps, c’est la capacité de "faire avec".

 

Yabook : Est-ce qu’on peut dire que c’est un roman dans lequel elle va devenir elle-même ?

Charlotte Bousquet : Dans Nuit tatouée, Cléo va d’abord apprendre à dire "non" et faire ses propres choix. En l’occurrence, partir en quête de Lyn et de la vérité sur ses origines. Au fil des deux romans, elle va en effet devenir elle-même, "faire avec" sa nature, la transformer en force.

 

Yabook : C’est un roman sur la découverte de la vérité sur Cléo mais aussi sur ses relations avec les autres, et notamment avec sa sœur. Parle nous de leur relation ambigüe...

Charlotte Bousquet : Par sœur, tu entends Tania, j’imagine, pas Lyn ? Cléo et Tania ne sont jamais sur un pied d’égalité. Par sa naissance, Tania est la "fille légitime" de Marcus, donc supérieure à Cléo ; par sa relation privilégiée avec son père adoptif, Cléo a l’avantage sur Tania. "Être la préférée de" est un (plus ou moins) non-dit qui ronge l’affection que les deux sœurs ont l’une pour l’autre. Pour Tania, c’est affreusement douloureux d’être en permanence mise à l’écart et considérée comme faible ; Cléo, inconsciemment, renforce l’attitude des autres vis-à-vis de Tania en se montrant très protectrice... ce qui lui permet de conserver ce statut d’aînée, alors qu’elles ne sont pas du même sang. Cette rivalité, dont joue en permanence leur père, les détruit.

Au-delà de relations sororales, j’ai essayé - mais c’est plus présent dans Nuit brûlée - de construire leur lien comme une amitié qui finalement s’effiloche parce qu’il y a eu trop de rancœurs de petites mesquineries, pour que l’une ou l’autre ait envie de recoller les morceaux. 

 

Yabook : Un petit mot sur les tatouages et leur importance. Pourquoi les avoir utilisé ? Qu’est-ce qui te fascine en eux ?

Charlotte Bousquet : Il y a quelques années, j’ai découvert simultanément grâce à mon meilleur ami, lui-même fasciné par l’univers du tatouage (les univers devrais-je dire) et grâce à une communication de Sylvie Allouche, au CERLI, sur Greg Egan et l’art transgénique, tout ce qui concerne le Body Art (tatouage, branding, implants, performances, etc.). Ce qui en ressort, c’est que ces métamorphoses du corps permettent d’exprimer son identité, son "moi", tel qu’on le ressent, le corps devient support d’une création artistique, qui est aussi création de soi.

Maintenant, quand on se penche un peu sur l’histoire du body art, on s’aperçoit qu’il peut s’agir d’un signe d’infamie, d’une humiliation, ou d’une distinction de classe, d’identité...

D’une certaine façon, on peut dire que chaque tatouage contient un récit, celui d’un instant vécu, d’un souvenir, d’un témoignage ou simplement d’un rêve. Ce qui en dit un peu plus sur Najma, la narratrice qui utilise les tatouages pour raconter des histoires...
 

Enfin, dans la littérature, le tatouage, et plus généralement la "marque", est largement utilisé pour désigner un personnage au destin exceptionnel (Milady des Trois Mousquetaires, Le Scorpion de la BD éponyme, etc.)...

 

Yabook : Que découvrirons-nous dans le tome 2 de Nuit Tatouée ?

Charlotte Bousquet : Nuit Brûlée se passe en partie dans le clan des Chimères, installé dans les ruines de la Gare de Lyon et dans les Marais. Les lecteurs découvriront d’autres facettes des personnages développés dans le premier tome, je pense notamment à Lyn et Axel. Cléo trouvera les dernières clefs de son passé et affrontera une vérité qu’elle n’est peut-être pas prête à accepter.Sans compter, bien sûr,sa relation avec Axel... Mais je n’en dis pas plus !

 

Yabook : Quels sont tes projets, sur quoi travailles-tu ?

Charlotte Bousquet : Actuellement, je travaille sur mon troisième Courants noirs (Gulf stream), sous la direction de Thierry Lefèvre toujours ! Venenum sera moins urbain que mes précédents romans dans la collection, puisqu’il se passe en partie sur les routes menant des Pays-Bas à Paris (oui, je sais...) en 1650. Ensuite, j’attaquerai Les Chimères et l’aube et L’Aube des Cendres, les tomes trois et quatre de La Peau des rêves, qui cette fois se déroulent à Berlin. Dans les projets à plus ou moins long terme, du thriller contemporain pour adolescents, de la littérature générale, un autre roman avec Charlotte Volper, une anthologie de poésie... Beaucoup de choses que je préfère laisser dans le flou tant que je n’ai pas de feu vert pour en parler ! 

1 Message

  • Interview Charlotte Bousquet 21 octobre 2012 20:45, par maha03

    j’ai rencontré Charlotte et elle est extra elle répond au question qu’on lui pose et répond honnêtement se que j’ai vraiment apprécié. J’éspére la rencontrait encore une fois au plus vite. Même si je n’ai jamais lu un de ses livre j’aimerais vraiment commencé a en lire un a cause de la façon dont elle en parle te dont en parle les autre.

    Répondre à ce message


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