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:: ITW Mathieu Gaborit ::

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auteur Mathieu Garobit
Parution2011-09-00

Mathieu Gaborit est un magicien des mots... Voici son interview pour son roman Chronique du Soupir...

Yabook : Comment est née l’idée de Chronique du soupir ?
Mathieu Gaborit :
D’une image. Celle d’un homme, dans l’ombre, agenouillé devant une serrure complexe et soufflant dessus pour la déverrouiller. La magie au creux des lèvres, en somme. Logée sur la langue, aiguisée par vos dents, travaillée dans le larynx. D’une image, donc, et d’un souvenir partagé avec ma femme. Elle chantait et me parlait des contractions de son diaphragme, la main sur le ventre.
Il y avait là une verticalité évidente : une magie organique nichée à l’intérieur du corps qui montait des entrailles du corps, se faufilait dans la gorge et finissait sa course dans la bouche. La bouche comme une matrice, une macération de "l’effet" magique.
Pour moi, l’idée d’un roman naît toujours au détour d’un merveilleux artisanal ou artistique. En l’occurrence, le dialogue, le souffle enchanté.

Yabook : Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de ce monde gouverné par les fées ? Et de
cette étrange symbiose avec le remplacement du coeur par une fée ?

Mathieu Gaborit :
La symbiose m’évoque le partage, l’apprentissage de l’autre, la communion. Le coeur est un organe objectif et subjectif. J’aimais cette dualité, l’idée qu’on puisse dire du coeur, l’organe vital par excellence, qu’il ne vous appartient pas mais qu’il vit en vous comme une entité singulière. L’interdépendance fée-homme m’est apparu comme une évidence. La fée comme une étincelle primordiale dans un corps-homme qui se lit comme une forge. Pour donner naissance au merveilleux, l’homme doit composer avec cet hôte étrange, complice ou apathique, et chercher la grâce dans cette symbiose. C’est une lecture, parmi d’autres, de l’amour.

Yabook : Comment vois-tu Lilas ? Comment te la représentes-tu ?
Mathieu Gaborit :
Lilas est une femme forte. Elle a commandé la garde personnelle d’une Haute Fée. Elle a dirigé des hommes, elle a appris à se battre. Et toujours aux côtés de son époux, le dénommé Frêne. La pétrification de son époux est aussi la sienne. Sans lui, la vie qu’elle mordait à pleines dents a perdu son sens. Elle choisit de s’ancrer elle-aussi, à sa façon. Elle s’enferme dans une vie douce et mélancolique. En elle, il y a une forme de cynisme qui cohabite avec le mythe de la louve. Elle est femme, mère et amante. Une trinité très contemporaine à mes yeux. A bien des égards, c’est une des facettes de la femme moderne. Elle travaille, elle a élevé ses enfants. Pour autant, elle a été amoureuse. D’un homme devenu statue. Elle est auprès de lui, elle le veille. Parce qu’il est là, à sa façon, et qu’elle ne peut pas quitter son aura. Frêne a donné naissance à un sanctuaire. Il a donné naissance à une fée-nexus, une présence
intangible qui veille sur ceux qui respirent autour d’elle. En dépit de la présence d’un amant, Lilas cherche cette présence comme un veuf ou une veuve pourrait humer les habits du disparu.

Yabook : On a l’impression qu’elle est en plein période de doute dans le livre,
tiraillé entre la protection de sa famille, son devoir, ses amours et ses
choix de vie... Tu voulais montrer à la fois sa force et sa fragilité ?

Mathieu Gaborit :
Elle se réveille, surtout. Elle s’est encrassée dans un quotidien sans forcément en souffrir. Elle doute, oui, mais elle n’agit pas. Elle laisse la vie s’écouler entre ses doigts sans trouver la force ou l’envie de changer les choses. Elle ronronne, elle somnole. En trouvant refuge auprès d’elle, son fils agit comme un électrochoc. Il soulève la poussière, il l’oblige à ouvrir les yeux et à choisir. Faire des choix, c’est le début d’une vie adulte. En refusant d’en faire, Lilas s’est réfugiée dans un monde un peu puéril, presque factice. En choisissant de rester auprès de Frêne, elle s’est diminuée, elle s’est effacée pour devenir la gardienne d’un souvenir. Quand son fils la sollicite, elle redevient ce qu’elle était. Une femme forte, sans concession, vibrante. Eveillée.

Yabook : Qu’est-ce qui a poussé son mari à devenir une statue ?
Mathieu Gaborit :
Il accepte cette sentence parce qu’il sert une vision universelle. Les nains ressentent cet appel. Pas tous. Et ceux qui sont appelés à devenir une statue le fond au nom du monde pour le réensemencer, pour donner la vie, pour étendre les lignes-vies. C’est l’extension d’un espace vital. Comme si, sur une terre dévastée par la radioactivité, certains pouvaient purifier l’espace autour d’eux et fonder des sanctuaires fertiles où la vie serait en mesure de s’épanouir.
Frêne, lui, est un homme dévoué. A son épouse et à son monde. C’est aussi un humaniste fasciné à l’idée de donner naissance à une fée-nexus. J’ai voulu effleurer ce mystère de la grossesse. Faire en sorte qu’un homme soit confronté à cette potentialité. D’une façon détournée, bien sûr, mais le concept est là. Frêne accepte ses responsabilités. Il est plus optimiste que Lilas, moins cynique qu’elle. Lilas est centrée sur les siens. Frêne, d’une certaine manière, a l’embryon d’une conscience politique ou du moins d’une conscience qui dépasse l’individu. Il est un héritier du monde.

Yabook : Le souffle a bien entendu un rôle central dans ce roman. Est-ce le même
souffle qui pousse à écrire un roman que celui qui est nécessaire pour le
jeu vidéo ou le jeux de rôle ? Est-ce que tu travailles de la même manière
dans ces trois domaines ?

Mathieu Gaborit : Non. Trois souffles bien distincts. A l’origine, c’est sans doute le même, c’est à dire une pensée magique. Dès lors que ce souffle franchit les cordes vocales, il se teinte pour servir son propos. Dans un roman, ton histoire se fige. Elle se pétrifie (!) dans un temps donné et devient une entité inaliénable que tu es le seul à revendiquer et à assumer. Dans le jeu vidéo ou le jeu de rôle, la création est partagée non seulement en amont (des imaginaires se confrontent et travaillent ensemble) mais également en aval. Le résultat est "interactif" ou vivant. Il l’est surtout pour le jeu de rôle, beaucoup plus engagé en terme d’imaginaire. Le jeu vidéo, lui, reste un vecteur encore fragile qui se cherche un sens au-delà du simple divertissement. Cette industrie est jeune. Elle va grandir et ouvrir d’autres horizons. A la fois passionnant et dangereux.

Yabook : Y’aura-t-il une suite ? Quels sont tes projets et tes envies ?
Mathieu Gaborit : Il n’y aura pas de suite. C’est un souffle. Une inspiration ou une
expiration selon la manière dont vous l’avez lu. Pour moi, il s’agit des deux. Un moment de transition pour aborder d’autres sujets que l’heoric fantasy proprement dite. Je veux aborder l’anticipation, des imaginaires résolument contemporains.
 


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