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ITW Claire Deslandes
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auteur Claire Deslandes
GenreVampires & Monstres

Claire Deslandes dirige Milady Graphics. Elle nous parle du label, de son parcours et des prochains titres...

Yabook  : Bonjour Claire Deslandes, vous êtes l’éditrice responsable de la collection Milady Graphics, pourriez-vous, tout d’abord, nous parler de votre parcours professionnel ?

Claire Deslandes : Bonjour, et merci pour votre intérêt. J’ai commencé ma carrière en 1998 aux éditions Baleine, une maison indépendante à l’époque, spécialisée dans le polar français, qui s’est notamment fait connaître avec la collection Le Poulpe. Grâce à Jean-Bernard Pouy, Jean-Jacques Reboux, Hélène Bihéry, et toute l’équipe, j’ai pu faire mes premières armes et apprendre beaucoup de choses sur le métier. Et rencontrer des auteurs passionnants. J’en suis partie lors du rachat de la maison, quelques années plus tard, par Le Seuil. J’ai ensuite embauché dans une boîte qui sous-traitait tout le travail de production éditoriale (de la préparation de copie à l’envoi en impression) pour de nombreux éditeurs de littérature générale. Cela m’a ouvert de nouveaux horizons et m’a donné une vision plus globale du boulot. Et cela m’a donné envie de diversifier encore mes compétences et mes relations. Ce qui m’a amenée à entamer une activité d’éditrice et préparatrice free-lance. J’ai tenu à avoir une clientèle très variée, et ai effectué des travaux éditoriaux pour, entre autres, l’éditeur de mangas Asuka, les éditions Théâtrales, Le Seuil, Plon, Perrin et... les éditions Bragelonne. À vrai dire, je connais les fondateurs de Bragelonne depuis une éternité, depuis "l’avant-Bragelonne". Donc ce fut un plaisir de les retrouver pour entamer, en plus d’une relation amicale, une relation professionnelle. Après quelques années, passées en partie au sein des éditions Plon et Perrin, j’ai rejoint leur équipe en 2006, où je suis désormais directrice éditoriale.

Yabook  : Milady Graphics a été lancé en septembre 2009, et a sorti de beaux titres en matière de SF, que ce soit des œuvres de Warren Ellis, de Bryan Talbot, de Greg Broadmore, de Joe Hill, etc...

Claire Deslandes : Merci pour le compliment. Les auteurs que vous citez sont chers à mon cœur.

Yabook  : On parle de plus en plus de crise au sein des librairies actuellement (depuis quelques années en fait), L’avez vous ressenti ?

Claire Deslandes : L’année 2012 n’a été facile pour personne. Les libraires ont pu constater une radicale désertification de leurs rayons, en particulier lors du premier semestre. Nous avons, chez Bragelonne, longtemps été épargnés par cette crise, probablement car nous nous adressons à un lectorat spécialisé et passionné, et parce que notre rayon (je parle ici des romans) n’est pas surchargé. Cela dit, les difficultés financières de la population se creusant, il est naturel de finir par en percevoir les effets. C’est particulièrement sensible au rayon BD-comics. Mais, en ce qui concerne Milady Graphics, il faut avoir à l’esprit que la fabrication d’un comics coûte très cher, surtout lorsqu’on s’attache à la qualité de façonnage et d’impression. Sortir un 168 pages en quadri, cela coûte une petite fortune. L’équilibre des coûts, et donc la rentabilité d’un titre, est un point crucial. En d’autres termes, quand les lecteurs se font plus rares, il est indispensable de produire moins et mieux.


Yabook 
 : Cet été, beaucoup de sorties ont été reportées, puis annulées. Le Web s’est enflammé rapidement, votre avis de décès a été prononcé, et on parlait déjà d’une reprise partielle de votre catalogue chez d’autres éditeurs. Pourriez-vous revenir, pour nous, sur ces évènements, et nous expliquer en quoi le temps de réponse, du point de vue de l’édition, est différent de celui sur Internet ?
Claire Deslandes : J’ai pu, en effet, constater que quelques sites ou blogs nous déclaraient morts et enterrés. Je comprends l’impatience d’un lecteur qui voit sa série repoussée, mais, comme vous l’évoquez, le temps de la lecture, ou celui d’Internet, n’est pas celui de l’édition. Même si je fais tout mon possible pour tenir compte des attentes des lecteurs lorsque j’établis un planning éditorial. Tout d’abord, il n’est pas rare d’acheter les droits d’un titre deux ans avant sa parution. Parfois, ce titre n’est même pas écrit au moment de l’acquisition par l’éditeur. Nous faisons donc le pari que, deux ans plus tard, les lecteurs auront envie d’acheter ce titre. Ensuite, le travail éditorial prend plusieurs mois. Il faut le traduire, travailler sur cette traduction, le corriger, le lettrer, le relire. Et je vous passe les vérifications techniques sur les fichiers, les temps d’approbation dévolus à l’auteur ou à l’éditeur d’origine. Et enfin, il y a le temps d’impression, de gestion des stocks, de livraison, etc. À cela, il faut ajouter les impératifs commerciaux et de diffusion. Nous ne jetons pas en vrac les livres en librairie, et il nous faut toujours réfléchir au bien-fondé de la date de publication. Nous en discutons avec nos équipes commerciales en interne et, bien sûr, avec notre diffuseur. Nous mettons en place, parfois, des opérations promotionnelles, et cela prend aussi du temps. Vous imaginez sans peine que, à chacune de ces étapes, nous faisons avancer notre réflexion et que cela peut entraîner des changements de commercialisation ou de planning. Donc, quand je suis plongée dans le travail sur un comics et que je lis que nous sommes morts, alors même que nous cherchons le meilleur moyen de continuer, ça m’agace parfois. Mais je comprends : Je suis lectrice, moi aussi. Et je n’aime pas attendre.

Yabook  : Vous annoncez une réduction drastique de vos sorties pour 2013, et une possible embellie pour 2014, pourriez-vous nous dire concrètement ce que cela signifie ?

Claire Deslandes : J’annonce un resserrement de notre catalogue en 2013, en effet. Pour les raisons que j’évoque plus haut, j’ai décidé de me limiter à quelques séries l’année prochaine. À savoir Locke & Key, The Cape, toutes deux écrites par Joe Hill, la série de Luis Royo et, quand l’auteur aura terminé son travail, j’envisagerai la publication de NonPlayer. Rex Mundi poursuit sa route, pour le moment, en numérique. Je souhaite reprendre un rythme de croisière un peu plus soutenu en 2014.

Yabook  : Pour le prix ActuSF de l’Uchronie, nous suivons attentivement les sorties uchroniques chez Milady Graphics, que ce soit la fantastique série Rex Mundi, la série hors normes qu’est Grandville ainsi que les ouvrages de Warren Ellis, jouant souvent avec le steampunk, sans oublier le superbe catalogue du Dr Grordbort (qui a d’ailleurs reçu le Prix Graphisme en 2011). Aurons-nous la suite et fin de Rex Mundi dans un avenir proche ?

Claire Deslandes : Rex Mundi poursuit sa route, pour le moment, en numérique. J’espère pouvoir y revenir en 2014, pour conclure l’aventure.
 

Yabook  : Ainsi que la suite de Grandville ?

Claire Deslandes : Bryan Talbot m’a envoyé son troisième tome. Nous discutons de ce qu’il est possible de faire, mais il est encore trop tôt pour une annonce.

Yabook  : La suite des aventures du Dr Grordbort est-elle prévue ?

Claire Deslandes : Là encore, il est trop tôt pour parler dates. Mais j’ai revu Greg Broadmore il y a peu, à Francfort, et nous avons envie de faire plein de nouvelles choses ensemble. Il développe son univers tous azimuts ! Nous avons évoqué une exposition (mais attention, le temps de l’exposition est encore plus distendu que celui de l’édition !).

Yabook : Pensez-vous continuer à publier du Warren Ellis (je songe notamment à Aetherics Mecanics) ?

Claire Deslandes : Oui, j’aimerais beaucoup continuer à publier Warren Ellis, que j’estime énormément.

Yabook  : Comme dernière question, j’imagine que vous commencez déjà à réfléchir à des futures acquisitions pour le label, pourriez-vous nous dire comment se passe la sélection, la phase de négociation et le reste ? Et peut-on d’ores et déjà prendre rendez-vous pour la rentrée 2013 ?

Claire Deslandes : Le processus est assez simple. Il commence par la lecture (in extenso ou d’un synopsis). Soit le titre m’a été envoyé par un éditeur ou un agent, soit je suis allée le chercher moi-même.
Je garde à l’esprit que je ne suis pas là pour me constituer ma bibliothèque idéale (pas seulement, en tout cas !), mais surtout pour m’adresser à notre lectorat. C’est, il me semble, l’une des principales difficultés du métier (quel que soit le genre) : lire en étant soi et quelqu’un d’autre à la fois. La négociation est un art assez codifié, mais qui reste heureusement soumis à l’influence des relations que vous avez noué avec les agents, éditeurs et auteurs. C’est rarement éprouvant, et toujours excitant. Quel plaisir d’obtenir les droits d’un livre qui vous a enthousiasmé et que vous brûlez de faire découvrir ! Je serais ravie de vous retrouver en 2013, pour évoquer les temps écoulés et à venir. 

 

Bertrand Campeis

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