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:: le 06/06 à 11:30 ::

Extrait de Ici et maintenant

Extrait de Ici et maintenant

Alors que le livre Ici et maintenant d’Ann Brashares, l’auteur de Quatre filles et un jean vient de sortir en librairie voilà le résumé et même un extrait :

Suivez les règles.
Souvenez-vous de ce qui s’est passé.
NE TOMBEZ JAMAIS AMOUREUX.

Voici l’histoire de Prenna James, une jeune fille de dix-sept ans qui a immigré aux États-Unis, a New-York, a l’age de douze ans. Mais Prenna ne venait pas d’un autre pays. Elle venait... d’une autre époque, du futur. Prenna et ceux qui ont fui avec elle jusqu’au temps présent, doivent suivre un ensemble de règles strictes pour assurer la survie du genre humain : ne jamais révéler d’où ils viennent, ne jamais interférer dans le cours de l’histoire, et ne jamais développer des relations intimes avec quiconque en dehors de leur communauté. Mais Jenna rencontre Ethan Jarves... Une romance impossible aux enjeux planétaires.

 


 
Chapitre 1
23 avril 2014
 
Nous connaissons tous les règles. Nous y pensons sans cesse. Comment pourrions-nous les oublier ? Nous les avons apprises par coeur avant de venir et elles sont gravées dans notre mémoire par des répétitions incessantes. Pourtant, près d’un millier d’entre nous, assis sur les
bancs en plastique de cette ancienne église pentecôtiste (qui n’est plus en usage depuis les années 90, j’ignore pourquoi), sont réunis pour écouter des membres de la communauté, tout
endimanchés, réciter dans un micro grésillant nos douze règles inviolables.
Parce que c’est la coutume. Chaque année, nous commémorons l’extraordinaire voyage qui nous a amenés ici il y a quatre ans, nous permettant d’échapper à la peur, la faim, la maladie pour découvrir ce paradis tout sucre tout miel. C’était une grande première, jamais un voyage de ce genre n’avait eu lieu et vu l’état de notre monde quand nous l’avons quitté, ça ne se reproduira jamais plus. Le 23 avril est donc notre Thanksgiving à nous, sans la dinde et la tourte à la citrouille. C’est également, quelle coïncidence, le jour où Shakespeare est né. Et mort.
Nous y tenons parce qu’il serait facile, bien à l’abri dans ce cocon moelleux, d’oublier que nous ne sommes pas d’ici et que nous sommes une menace pour les habitants d’origine. C’est pourquoi il est capital de suivre les règles. Les oublier pourrait avoir des conséquences catastrophiques.
Comme dans n’importe quel système politique ou religieux un peu strict, plus les règles sont astreignantes, plus il est nécessaire de les répéter aux pratiquants.
Je pose mes pieds bien à plat sur le sol tandis que le projecteur se déclenche en bourdonnant dans mon dos. Un rai de lumière transperce la pénombre, envoyant une première image sur l’écran tendu derrière l’ancien autel. Il faut un instant pour que cet assemblage de taches claires et foncées devienne une personne, que je connais ou non. C’est pénible mais c’est la coutume : pendant qu’on récite les règles, ils font défiler les visages des gens qui ont disparu depuis la dernière fois. Un peu comme aux Oscars, sauf que... ce n’est pas aussi glamour.
Cette année, il y en a sept. Les visages s’affichent un à un, en continu. Sans explication, ni commentaire. Cependant nous nous doutons de l’histoire qu’il y a derrière. Nous comprenons,
sans le dire, que la plupart se retrouvent là parce qu’il s’agissait de membres rebelles, désobéissants et peu fiables de la communauté. Ma mère me glisse un regard lorsque, sur l’estrade, le Dr Strauss se lève afin de réciter la première règle, la règle d’allégeance.
Les règles ne sont jamais affichées, ni même écrites sur un bout de papier. Ce n’est pas la coutume. Nous sommes revenus à la tradition orale.
J’essaie d’écouter. Comme toujours. Mais les mots tant de fois répétés ont perdu tous sens à mes oreilles. Ils se confondent dans un mélange chaotique de souvenirs et d’angoisses.
Le Dr Strauss est un des dirigeants. Ils sont neuf, ainsi que douze conseillers. Les dirigeants prennent les décisions tandis que les conseillers nous les communiquent et les traduisent en interdits et obligations dans notre vie quotidienne. Nous avons chacun un conseiller référent. Moi, c’est M. Robert. Il est sur l’estrade également. Un fille en vert, dans le fond, se lève pour réciter la deuxième règle, sur l’ordre du temps. Les têtes se tournent poliment.
C’est un honneur de réciter une règle. Comme tenir un rôle dans la pièce de l’école. J’ai été choisie, il y a trois ans. Ma mère m’avait prêté ses ballerines dorées et un beau foulard en
soie. Elle m’avait écrasé du rouge sur les joues. On m’avait attribué la sixième, celle qui nous interdit de consulter un médecin en dehors de la communauté.
Quand la fille a fini de parler, nous nous retournons vers l’estrade, attendant la troisième règle.
Le visage de Mme Branch s’affiche alors en noir et blanc sur l’écran. Ma mère la connaissait. Je sais qu’elle est morte d’un cancer du sein, faute d’avoir été traitée à temps. On dirait que la photo a été prise le jour où on lui a appris le diagnostic. Je baisse les yeux. Je croise alors brièvement le regard de mon amie Katherine, quelques rangs plus loin.
Quand on voit les dirigeants alignés ainsi sur l’estrade, difficile de deviner lequel prend vraiment les décisions. Personne n’ose le dire, mais je crois que je sais. À cause de ce qui m’est arrivé quand j’avais treize ans, quelque temps avant que je récite la sixième règle.
Cela faisait environ neuf mois qu’on était là. J’étais un peu perdue, et bien trop maigre. Je regardais la télé pour savoir comment m’exprimer et me comporter. Je n’allais pas encore
en cours. J’avais des difficultés respiratoires. Ma mère disait que c’était une chance incroyable d’avoir été sélectionnée pour le voyage malgré mon asthme. Elle affirmait que « mon QI
exceptionnel compensait ». De justesse. On essayait de se convaincre que ce n’était pas si grave que ça. Mais en février j’ai attrapé un rhume qui a dégénéré en pneumonie. Ma mère a pu établir le diagnostic parce qu’elle est médecin généraliste, elle a un stéthoscope dans le tiroir de
l’armoire de toilette. Deux membres de l’équipe médicale de la communauté sont passés me voir. J’étais complètement crevée. Ils m’ont donné un inhalateur, ils m’ont bourréed’antibiotiques, de stéroïdes et dieu sait quoi d’autre. Un capteur mesurait mon taux d’oxygène, qui était très bas. Je n’arrivais pas à respirer, à remplir mes poumons d’air. Si ça ne vous est jamais arrivé, je peux vous dire que c’est affreux.
Le lendemain, ça avait encore empiré. J’avais beau être dans les vapes, j’ai bien vu l’expression de ma mère. Je l’ai entendue crier. Elle voulait m’emmener à l’hôpital. Elle disaitqu’il suffirait de me mettre sous respirateur une nuit pour me sauver la vie. J’imagine qu’il n’y en avait pas à la clinique de la communauté. Nous n’étions pas arrivés depuis longtemps. Mais il était hors de question de me faire admettre dans un hôpital normal, c’était trop dangereux pour les autres, les vrais gens nés ici, parce qu’ils n’ont pas la même immunité que nous. Et puis, ils ne voulaient pas risquer qu’en demandant mes antécédents ou en examinant mon sang au microscope, un
docteur ou une infirmière commence à poser des questions.
– Ce n’est pas une raison pour la laisser mourir ! hurlait ma mère dans la pièce voisine.
Elle les a suppliés, elle a promis qu’elle ne me quitterait pas d’une semelle, qu’elle ne laisserait personne d’autre me soigner. Pas de prise de sang, pas d’examens. Elle se débrouillerait pour garder le secret et me tenir à l’écart des autres.
Un peu plus tard, Mme Crew est arrivée. Même mon pauvre cerveau privé d’oxygène a senti que l’atmosphère changeait dans la maison. Les cris, les pleurs ont cessé immédiatement, laissant place à une voix lénifiante. J’ai tendu l’oreille, subitement alerte, et je l’ai écoutée calmer ma mère : « Après tout ce que nous avons sacrifié, Molly. Après tout ce
que nous avons enduré... »
Ma mère a quitté la pièce, alors j’ai entendu mon conseiller, M. Robert, s’entretenir avec Mme Crew. J’avais l’impression de flotter, l’écho de la conversation me parvenait de loin, comme si j’étais déjà morte. Elle lui a décrit la procédure, ce qu’il fallait faire de mon corps, comment obtenir un certificat de décès en bonne et due forme, puis effacer toute trace de mon existence dans les bases de données de l’état. Ils avaient créé nos identités, ils étaient capables de les supprimer. Enfin, elle lui a tendu une seringue, un comprimé ou un truc du genre. « L’ange de la mort » disait-elle d’une voix doucereuse pour rendre mon départ plus confortable. Elle lui a promis de rester jusqu’à la fin. Sauf que ce n’était pas la fin. Aux premières lueurs de l’aube, mes poumons se sont un peu déployés, je respirais mieux. Et ça s’était encore amélioré le soir. Six semaines plus tard, je récitais la sixième règle dans cette nef.
M. Botts, deux rangs derrière moi, se lève pour réciter la troisième règle, qui nous interdit d’utiliser notre savoir pour changer quoi que ce soit. Je me rappelle de l’avoir vu à nos
premières leçons d’adaptation. Mme Connor, avec ses cheveux clairsemés et sa hideuse tunique orange, entonne la quatrième, qui est la conséquence logique de la précédente. Je ne sais plus
d’où je la connais.
Un garçon prénommé Mitch, véritable star parce qu’il étudie à Yale, récite la cinquième, celle du secret. C’est sans doute celle à laquelle nous pensons le plus souvent. Nos dirigeants tiennent à ce que nous la respections scrupuleusement, c’est une véritable obsession. Il faut qu’on se
fonde dans la masse, qu’on ne laisse échapper aucun détail qui pourrait nous trahir. Néanmoins, je me demande, si l’un de nous commettait une erreur, qui pourrait deviner d’où nous venons ? Et ensuite qui pourrait bien y croire ?
La sixième et la septième règles, concernant les questions médicales, sont récitées par deux personnes que je ne connais absolument pas mais qui, comme moi, ont sans doute
frôlé la mort. J’écoute la huitième d’une oreille distraite parce que j’ai perdu l’une des perles violettes de ma chaussure. Je scanne le sol discrètement. Pour être franche, je préfère ne pas regarder l’écran car pour le final, ils ont laissé la photo d’Aaron Green, et à mon avis, c’est fait exprès. Il s’agit d’un portrait aussi émouvant que désolant. Un gamin de quatorze ans, gentil et maladroit, qui s’empêtrait tellement dans ses mensonges qu’ils l’ont déscolarisé en plein milieu d’année. Un précepteur venait lui donner des cours à la maison. Deux jours plus tard, il s’est noyé au cours d’une descente en rafting avec son père et son oncle. Bien sûr pas de SAMU pour le conduire aux urgences, rien. M. Green a docilement suivi le protocole, il a appelé le numéro spécial qu’on nous a donné.
Je sors de mes pensées pour la douzième règle. C’est Mme Crew, l’ange de la mort en personne, qui se lève afin de nous la rappeler. Elle a beau faire un mètre cinquante, avec sa coiffure ridicule en forme de champignon de Paris, elle me terrorise quand même. Je jurerais qu’elle récite la règle en me fixant, moi, dans la foule.

En bonus voilà également le lien d’une interview de l’auteur sur son nouveau roman.

 


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